La remise au président Félix Tshisekedi d’un projet de nouvelle Constitution par Pius Muabilu continue de provoquer des réactions au sein de la classe politique congolaise. Dans une tribune au ton particulièrement ferme, Moussa Kalema Sangolo-Zaku accuse le président du CNC de vouloir banaliser les institutions républicaines à travers une démarche qu’il juge juridiquement contestable et politiquement dangereuse.
Le président du Parti des Vertus Républicaines (PVR) dénonce notamment une tentative de personnalisation du pouvoir et une remise en cause de l’esprit de la Constitution actuelle. Entre critique juridique, mise en garde contre les dérives autoritaires et appel au respect de l’État de droit, Moussa Kalema estime que les véritables urgences de la RDC restent la sécurité, la gouvernance et la lutte contre la corruption. Ci-dessous, l’intégralité de sa tribune.
TRIBUNE
Constitution sur mesure et culte du pouvoir : la dangereuse dérive des “bricoleurs de la République”
En déposant au cabinet du Président Félix Tshisekedi un prétendu projet de nouvelle Constitution au nom du CNC, Pius Muabilu vient de franchir une ligne rouge politique, institutionnelle et morale. Derrière les apparences d’un débat démocratique se cache en réalité une opération de flatterie politique, de personnalisation du pouvoir et de banalisation des institutions républicaines.
Le Congo n’a pas besoin de “bricoleurs constitutionnels”. Il a besoin d’hommes d’État capables de défendre les institutions, la stabilité juridique et la souveraineté populaire.
La Constitution n’est pas un jouet politique destiné à satisfaire des ambitions personnelles ou à séduire un chef de l’État. Elle est le pacte fondamental de la Nation. Elle organise l’équilibre des pouvoirs, protège les libertés publiques et garantit la stabilité de l’État. La traiter comme un document manipulable au gré des intérêts du moment constitue une faute politique grave.
La première question est simple : en quelle qualité un parti politique peut-il déposer un projet de nouvelle Constitution au cabinet du Président de la République ?
Sur quelle base juridique repose une telle démarche ?
La Constitution congolaise est pourtant claire. L’initiative des lois constitutionnelles appartient concurremment :
- au Président de la République ;
- au Gouvernement après délibération en Conseil des ministres ;
- à chacune des chambres du Parlement ;
- et au peuple par voie de pétition réunissant au moins 100 000 signatures.
Un parti politique, en tant qu’organisation privée, ne dispose d’aucune compétence constitutionnelle autonome pour initier un tel processus en dehors des mécanismes prévus par la loi fondamentale.
Ce que nous observons ici n’est donc ni un acte institutionnel ni un exercice républicain, mais une opération politique de propagande visant à préparer psychologiquement l’opinion à une remise en cause de l’ordre constitutionnel.
Cette démarche devient encore plus préoccupante lorsqu’elle émane d’un acteur politique dont le parcours illustre parfaitement la culture de la transhumance et de l’allégeance au pouvoir.
Hier dans le périmètre politique du Président Joseph Kabila, introduit notamment par Abdoulaye Yerodia Ndombasi, aujourd’hui membre zélé de la majorité présidentielle de Félix Tshisekedi, Pius Muabilu incarne malheureusement cette catégorie de responsables politiques dont la fidélité ne va ni aux principes ni aux institutions, mais exclusivement au détenteur du pouvoir.
Le plus inquiétant demeure cette culture du culte de la personnalité qui gangrène progressivement notre démocratie. Dans nos États africains fragiles, les constitutions sont souvent attaquées non par nécessité nationale, mais par des réseaux d’intérêts cherchant à fabriquer des “hommes providentiels”, des “présidents à vie”, des figures quasi monarchiques autour desquelles toute pensée critique devient suspecte.
Ce sont ces comportements qui ont détruit plusieurs nations africaines. Ce sont ces flatteries qui ont produit les crises institutionnelles, les coups d’État, les guerres civiles et les rébellions armées sur le continent. Chaque fois qu’un groupe d’individus commence à considérer qu’un homme vaut plus que les institutions, la République recule et l’autoritarisme avance.
Le rôle d’un parti politique sérieux n’est pas d’encourager les dérives personnalisées du pouvoir, mais de défendre l’État de droit, l’alternance démocratique et le respect des textes fondamentaux.
Il est moralement inacceptable que certains responsables politiques utilisent les ressources de l’État, les nominations publiques et les privilèges du pouvoir comme instruments de fidélisation politique. Lorsque la compétence cesse d’être le critère principal au profit de l’allégeance, l’État devient un patrimoine privé distribué aux courtisans. Cette logique détruit l’administration publique, démoralise les cadres compétents et institutionnalise les antivaleurs.
Le peuple congolais doit comprendre une chose fondamentale : les crises du Congo ne proviennent pas de la Constitution. Elles proviennent du non-respect de la Constitution.
Nous avons un problème de gouvernance, de justice, de corruption, d’insécurité, de prédation économique et d’impunité. Changer les textes sans changer les mentalités ne produira jamais un État fort.
Les vrais patriotes devraient aujourd’hui concentrer leurs efforts sur :
- le rétablissement de l’autorité de l’État ;
- la sécurisation de l’Est du pays ;
- l’indépendance de la justice ;
- l’organisation d’élections crédibles ;
- la lutte contre la corruption ;
- et la restauration des valeurs républicaines.
La République démocratique du Congo ne peut continuer à être l’otage des ambitions individuelles et des calculs de cour.
En tant que leader politique attaché aux vertus républicaines, je condamne fermement toute tentative de manipulation de la conscience nationale visant à préparer une modification opportuniste de la Constitution.
La loi fondamentale ne doit ni être bricolée dans les cabinets politiques ni transformée en instrument de survie pour des intérêts particuliers.
L’histoire enseigne que les nations fortes ne sont pas bâties sur l’adoration des hommes, mais sur la force des institutions.
Et lorsqu’un pays commence à fabriquer des “hommes-dieux”, il prépare malheureusement sa propre fragilité démocratique.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






