Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku décrypte la portée de la sortie du sénateur français Claude Malhuret contre le président américain Donald Trump. Au-delà d’un simple affrontement politique, il analyse une mutation profonde du leadership mondial, désormais marqué par une dérive vers la mise en scène et la communication au détriment de la responsabilité et de la vision stratégique. Une évolution préoccupante qui fragilise l’équilibre international et interpelle particulièrement les nations du Sud.
TRIBUNE
Le monde traverse une mutation silencieuse mais brutale : celle de la transformation du leadership politique en performance médiatique.
Lorsque, au cœur même des démocraties occidentales, des voix autorisées comme celle de Claude Malhuret s’élèvent pour dénoncer les dérives d’un leadership devenu outrancier, ce n’est pas un simple fait divers politique. C’est un signal d’alarme.
Car derrière la polémique, une réalité s’impose : la fonction présidentielle, jadis incarnation de la stabilité, de la vision et de la gravité, tend à se diluer dans une logique de spectacle permanent.
La politique réduite à une scène
L’ère contemporaine voit émerger un modèle inquiétant : celui du dirigeant-performeur.
Dans ce schéma, la parole politique n’éclaire plus elle choque.
L’action publique ne structure plus elle divertit.
La stratégie ne guide plus elle improvise.
Ce basculement n’est pas anodin. Il traduit une perte de repères dans l’exercice du pouvoir, où l’émotion immédiate supplante la réflexion de long terme.
Une crise qui dépasse l’Amérique
Réduire cette dérive à la seule figure de Donald Trump serait une erreur d’analyse. Il n’est pas l’anomalie ,il est le symptôme.
Le symptôme d’un monde où :
les institutions s’effritent,
la vérité devient relative,
et la communication prime sur la décision.
Ce phénomène touche désormais plusieurs démocraties, fragilisant l’architecture même de l’ordre international.
Le risque systémique pour l’équilibre mondial
Un leadership instable au sommet des grandes puissances produit des effets en cascade :
imprévisibilité diplomatique
affaiblissement des alliances
banalisation des tensions internationales
Dans un tel contexte, les crises ne se résolvent plus elles se médiatisent.
Et lorsque la première puissance mondiale elle-même devient incertaine, c’est l’ensemble du système international qui vacille.
Le Sud global face à ses responsabilités
Pour les nations du Sud, et particulièrement pour la République démocratique du Congo, cette crise du leadership occidental doit être lue avec lucidité.
Elle impose une double exigence :
ne plus subir les turbulences extérieures,
construire un leadership endogène, stable et visionnaire.
Le temps est venu de rompre avec les logiques d’alignement passif pour affirmer une voix souveraine, cohérente et stratégique.
Réhabiliter la dignité de la fonction politique
Face à cette dérive globale, une urgence s’impose : réhabiliter la fonction politique.
Un leadership digne de ce nom ne se mesure ni au volume des applaudissements ni à la viralité des déclarations, mais à :
sa capacité à rassembler
sa constance dans l’effort
et sa vision du long terme
Le monde n’a pas besoin de dirigeants qui occupent la scène.
Il a besoin d’hommes et de femmes d’État qui construisent l’histoire.
CONCLUSION
À l’heure où la puissance se met en scène au lieu de se mettre au service, une question fondamentale se pose : qui gouverne encore le monde les institutions ou les émotions ?
L’histoire jugera sévèrement cette époque où le leadership s’est parfois confondu avec le spectacle. Mais elle offrira aussi une opportunité à ceux qui sauront, dans le tumulte, réinventer la gravité du pouvoir.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






