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Politique

C64 contre C4 : la République ne se négocie pas, la Constitution ne se viole pas (Par Moussa Kalema)

Moussa Kalema, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC. Ph. Dr. Tiers

Face à la création de la Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4) par l’UDPS et ses alliés, Moussa Kalema Sangolo-Zaku monte au créneau et dénonce une « entreprise préméditée de confiscation du pouvoir » sous couvert de réforme institutionnelle. Dans cette tribune, le président national du PVR et membre du Bureau politique du FCC accuse le régime de Félix Tshisekedi de vouloir contourner les articles verrouillés de la Constitution afin d’ ouvrir la voie à un maintien illégal au pouvoir, au moment même où la RDC traverse une grave crise sécuritaire, politique et sociale. Pour l’opposant, le C64 incarne désormais un front patriotique destiné à défendre l’ordre constitutionnel, empêcher tout « coup de force institutionnel » et barrer la route à ce qu’il qualifie de « dérive autoritaire dangereuse pour la République ».      

TRIBUNE 

La création par l’UDPS de la prétendue Coalition des Congolais pour le Changement de la Constitution (C4), vingt-quatre heures seulement après la naissance du C64 de l’opposition, confirme une chose : le pouvoir a choisi la fuite en avant. Cette initiative n’est ni une démarche patriotique, ni une réforme institutionnelle sincère. Elle constitue un instrument politique destiné à légitimer un projet dangereux : celui de la confiscation du pouvoir par le contournement de la Constitution.

L’Union sacrée pour la Nation est déjà une immense mosaïque de partis politiques, de regroupements politiques, d’associations et d’organisations de la société civile mobilisés pour soutenir le président de la République. 

Dès lors, pourquoi créer une nouvelle coalition parallèle si ce n’est pour fabriquer artificiellement l’illusion d’un soutien populaire au changement de la Constitution ?

La vérité est simple : cette initiative vient directement du chef de l’État. Le président Félix Tshisekedi cherche à faire endosser par une frange manipulée de la population un projet personnel de conservation du pouvoir. Et pour y parvenir, le régime utilise les mêmes armes depuis 2019 : le mensonge, l’intimidation, la propagande, le culte de la personnalité et les menaces.

Nous, forces de la Résistance pacifique et patriotiques, conscients que regorgent encore la nation, apportons notre soutien aux forces politiques réunies au sein du C64, et qui ont décidé de fédérer leurs  forces non pas par caprice politique, mais par devoir républicain. Car lorsqu’un chef de l’État, pourtant garant de la Constitution conformément à l’article 74, devient lui-même l’initiateur de sa remise en cause pour des intérêts politiques, il ouvre la voie à une crise institutionnelle majeure.

Toucher aujourd’hui aux articles verrouillés de la Constitution, notamment les articles 220, 218 et 219, revient à agresser le pacte républicain issu de longues luttes démocratiques et du sang versé par le peuple congolais. Nous considérons qu’une telle démarche constitue une tentative de coup de force contre l’ordre constitutionnel.

Le moment choisi est d’ailleurs hautement suspect

 Pourquoi vouloir changer la Constitution à la fin du deuxième et dernier mandat présidentiel ? Pourquoi cette question ne figurait-elle ni dans le programme de campagne de 2018, ni dans celui de 2023, ni dans les engagements gouvernementaux présentés devant le Parlement ? Pourquoi aujourd’hui, alors qu’une partie du territoire national échappe au contrôle de l’État, que l’Est du pays est occupé, que des millions de compatriotes vivent dans l’errance, dans les camps de déplacés ou dans les forêts, loin de leur terre et de leur dignité ?

Pendant que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu saignent, pendant que des familles entières sont disloquées, pendant que des enfants sont séparés de leurs parents, le pouvoir trouve le temps de débattre de la Constitution. Cette indécence politique et morale choque la conscience nationale.

Le pays traverse l’une des périodes les plus fragiles de son histoire récente. La priorité devrait être :

  • restaurer l’autorité de l’État ;
  • reconquérir les territoires occupés ;
  • pacifier l’Est ;
  • reconstruire la cohésion nationale ;
  • régler la question dramatique des déplacés et des réfugiés ;
  • lutter contre la corruption ;
  • rétablir la crédibilité des institutions.

Mais au lieu de répondre à ces urgences, le régime veut ouvrir un chantier constitutionnel explosif dont l’objectif réel est transparent : rester au pouvoir coûte que coûte.

Le plus grave est que ceux qui veulent aujourd’hui changer la Constitution sont les mêmes qui, hier, expliquaient au peuple qu’une simple tentative de toucher aux articles verrouillés relevait de la haute trahison. Nous n’avons pas oublié les discours de l’époque. Nous n’avons pas oublié les manifestations organisées contre un prétendu troisième mandat de Joseph Kabila. Nous n’avons pas oublié les morts de Matungulu et de Kapangala. Nous n’avons pas oublié les constitutionnalistes qui affirmaient avec force que la Constitution de 2006 était équilibrée et moderne.

Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui criaient au scandale expliquent soudainement que cette Constitution est mauvaise, étrangère ou inadaptée. Quelle incohérence politique. Quelle faillite morale.

Une Constitution ne se change pas sur un coup de tête, encore moins sous la menace et l’arrogance. Une Constitution naît généralement d’une crise profonde, d’un consensus national ou d’un besoin historique clairement identifié. Or le pouvoir affirme lui-même qu’il n’existe aucune crise institutionnelle. Les institutions fonctionneraient normalement, selon lui. Dès lors, quelle est la justification réelle d’un changement constitutionnel ?

La vérité est qu’il ne s’agit pas d’une réforme, mais d’un projet de conservation du pouvoir.

Le président de la République a lui-même adopté un ton inquiétant et antidémocratique lorsqu’à Lubumbashi il déclarait : « Qui va m’empêcher de changer la Constitution ? » avant de qualifier ses opposants de “pelés et tondus”. Ce langage de défi et de mépris n’est pas celui d’un démocrate. Ce n’est pas avec des menaces qu’on construit un pacte constitutionnel.

Nous refusons le retour à l’époque du parti-État. Nous nous sommes battus à la Conférence nationale souveraine pour tourner définitivement la page du pouvoir personnel, du culte du chef et de la présidence à vie.

Le peuple congolais doit comprendre que derrière les slogans sur la “souveraineté” ou les critiques contre l’article 217 se cache en réalité une stratégie de diversion. Ceux qui dénoncent aujourd’hui cet article sont pourtant les mêmes qui ont engagé la RDC dans l’EAC sans véritable débat national ni consultation populaire, alors même que certaines dispositions de cette organisation régionale posent des questions bien plus sérieuses en matière de souveraineté.

Le problème de la RDC n’est pas la Constitution

Le problème, c’est la mauvaise gouvernance, l’amateurisme, le tribalisme, le népotisme, la corruption et l’incapacité du régime à gérer stratégiquement l’État.

Quel article de la Constitution empêche le gouvernement d’améliorer les conditions de vie des Congolais ? Quel article empêche la lutte contre les détournements ? Quel article explique la multiplication des groupes armés ? Quel article justifie l’insécurité généralisée ? Quel article autorise les dépenses excessives du pouvoir pendant que le peuple souffre ?

Lorsque Félix Tshisekedi arrive au pouvoir en 2019, le pays fait face à une centaine de groupes armés relativement fragmentés. Aujourd’hui, les chiffres avancés par plusieurs organisations évoquent plus de 200 groupes armés actifs. L’insécurité s’est aggravée. Même l’Ouest du pays et Kinshasa ont été touchés par des violences inquiétantes.

La RDC n’a pas besoin d’une nouvelle Constitution. Elle a besoin d’un État sérieux, d’institutions fortes, d’une armée républicaine, d’une justice indépendante et d’une gouvernance patriotique.

Oui, aucune Constitution n’est parfaite. La nôtre peut être adaptée par voie de révision, dans les limites fixées par l’article 220. 

Mais nous refusons catégoriquement toute entreprise visant à remettre en cause les acquis fondamentaux de notre combat démocratique :

  • la limitation des mandats ;
  • la forme républicaine de l’État ;
  • les principes démocratiques essentiels.

Nous ne permettrons jamais qu’un individu, un parti ou une coalition transforme la République en monarchie politique familiale.

C’est pourquoi le moment est venu pour toutes les forces patriotiques, républicaines et démocratiques de fédérer leurs énergies, leurs intelligences et leurs moyens afin de faire échec à toute tentative de renversement de l’ordre constitutionnel.

Le C64 n’est pas une coalition de circonstance. C’est une nécessité historique face à un pouvoir qui dérive dangereusement vers l’autoritarisme.

Le PVR, ainsi que notre plateforme politique le FCC, doivent travailler au renforcement de cette convergence patriotique. Car face à la manipulation, au mensonge, à la peur et à la terreur politique, seule une opposition unie, responsable et déterminée pourra défendre la République.

Le C4 de l’UDPS n’est qu’une coquille politique destinée à habiller un projet personnel de confiscation du pouvoir.

Mais le peuple congolais n’est plus dupe.

Pas de troisième mandat. Pas de changement opportuniste de Constitution. Pas de glissement. Pas de coup de force institutionnel.

La République doit survivre aux hommes. Et la Constitution doit rester le bouclier du peuple, jamais l’instrument des ambitions personnelles.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku

Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)

Membre du Bureau Politique du FCC

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