L’accord signé à Madrid autour du cobalt congolais entre des intérêts américains, des multinationales étrangères et les autorités congolaises ravive de profondes inquiétudes sur l’avenir de la souveraineté économique de la République démocratique du Congo. Derrière les discours diplomatiques sur la transition énergétique et les partenariats stratégiques se profile le risque d’une nouvelle forme de domination économique où le Congo continuerait d’extraire pendant que d’autres transforment, industrialisent et s’enrichissent. À l’heure où le pays traverse une fragilité politique et sécuritaire. Moussa Kalema, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC en dit long dans cette tribune a découvrir intégralement dans les lignes suivantes.
TRIBUNE POLITICO-DIPLOMATIQUE
La signature de l’accord de Madrid sur le cobalt congolais entre l’Entreprise Générale du Cobalt, la multinationale Trafigura et la société américaine EVelution Energy apparaît, aux yeux de nombreux Congolais conscients, comme bien plus qu’un simple partenariat commercial. Derrière les discours diplomatiques sur la coopération stratégique et la transition énergétique mondiale, se dessine une question fondamentale : la République démocratique du Congo est-elle encore maîtresse de son destin minier, économique et géopolitique ?
Depuis plusieurs années, notre pays s’enfonce progressivement dans une logique dangereuse où ses ressources stratégiques servent davantage les intérêts des puissances industrielles étrangères que ceux de son propre peuple. Le cobalt congolais, indispensable aux batteries électriques, aux industries militaires et aux technologies du futur, devient aujourd’hui un enjeu de sécurité nationale pour les États-Unis, la Chine et l’Europe. Mais pendant que les grandes puissances organisent leur souveraineté industrielle grâce aux minerais congolais, la RDC demeure enfermée dans un rôle humiliant de simple fournisseur brut.
L’accord de Madrid illustre malheureusement cette dérive.
Un accord qui sécurise les intérêts américains avant ceux de la RDC
Officiellement, cet accord prévoit l’approvisionnement à long terme des États-Unis en cobalt congolais destiné à alimenter leur industrie des batteries et leur transition énergétique. Les autorités parlent de partenariat stratégique, de formalisation du secteur artisanal et d’intégration dans les chaînes mondiales de valeur.
Mais derrière ces éléments de langage, la réalité est plus brutale :
- le cobalt sera extrait en RDC ;
- transporté et commercialisé par des groupes étrangers ;
- puis raffiné et transformé principalement à l’étranger, notamment aux États-Unis.
Autrement dit, la valeur ajoutée, les emplois industriels, la maîtrise technologique et les bénéfices stratégiques continueront d’échapper au Congo.
Le schéma colonial classique demeure intact :
l’Afrique extrait, l’Occident transforme et s’enrichit.
Au XXIe siècle, une telle trajectoire est inacceptable pour un pays qui possède parmi les plus grandes réserves stratégiques du monde.
Le vrai risque : reproduire le modèle colonial extractif
Le danger qui se profile aujourd’hui est historique.
Après les indépendances politiques, beaucoup espéraient que les ressources naturelles permettraient enfin à l’Afrique de bâtir sa puissance industrielle. Pourtant, soixante-cinq ans après l’indépendance, la RDC continue d’exporter des minerais bruts pendant que d’autres nations fabriquent :
- les batteries ;
- les véhicules électriques ;
- les technologies avancées ;
- les équipements militaires ;
- les infrastructures énergétiques du futur.
Nous sommes en train de reproduire exactement le modèle colonial extractif :
- extraction locale ;
- transformation extérieure ;
- dépendance technologique ;
- enrichissement étranger ;
- pauvreté intérieure.
L’histoire retiendra peut-être que le Congo, pourtant assis sur des richesses capables de transformer toute l’Afrique, aura servi de simple réservoir stratégique aux puissances industrielles du monde.
Une souveraineté fragilisée par un pouvoir affaibli
Le problème est aggravé par le contexte politique actuel.
Le pays est fragmenté. L’Est reste instable. Les institutions sont fragilisées. Le régime apparaît affaibli politiquement et diplomatiquement.
Dans ce contexte de vulnérabilité, le pouvoir semble prêt à multiplier des accords internationaux sans véritable débat national, sans contrôle parlementaire rigoureux et sans transparence suffisante vis-à-vis du peuple congolais.
Le danger est alors immense :
hypothéquer progressivement la souveraineté nationale pour assurer la survie politique du régime.
Lorsqu’un pouvoir devient fragile, il peut être tenté d’échanger des ressources stratégiques contre :
- des soutiens diplomatiques ;
- des garanties sécuritaires ;
- des appuis financiers ;
ou des protections politiques extérieures.
C’est précisément ce que redoutent aujourd’hui de nombreux patriotes congolais.
Le peuple congolais n’a jamais mandaté quiconque pour aliéner l’avenir national
Aucun dirigeant, quel qu’il soit, ne possède le droit moral ou historique d’engager les ressources stratégiques de plusieurs générations sans consultation nationale approfondie.
Les minerais stratégiques du Congo ne sont pas la propriété d’un régime, d’un parti politique ou d’une élite dirigeante. Ils appartiennent au peuple congolais et aux générations futures.
Voilà pourquoi il devient urgent :
- d’exiger la publication intégrale des accords conclus depuis 2019 ;
- d’organiser un audit indépendant des engagements internationaux ;
- de renforcer le contrôle parlementaire ;
- d’imposer des clauses de transformation locale ;
- de bâtir une doctrine nationale sur les ressources stratégiques.
La RDC doit cesser d’être une simple carrière minière mondiale.
Redresser la trajectoire : bâtir enfin une puissance industrielle africaine
Le véritable combat aujourd’hui n’est pas contre un peuple étranger. Il est contre le système de dépendance qui maintient le Congo dans un rôle subalterne.
La RDC doit impérativement :
- investir dans les raffineries locales ;
- développer une industrie métallurgique nationale ;
- former ses ingénieurs et experts ;
- sécuriser ses zones minières ;
- créer une diplomatie économique souveraine ;
- transformer localement une partie significative de ses minerais.
- Le cobalt congolais doit produire :
- des emplois congolais ;
- des industries congolaises ;
- une puissance économique congolaise.
Sans cela, notre indépendance politique restera incomplète.
Un devoir historique envers la progéniture congolaise
La question qui se pose désormais dépasse les clivages politiques immédiats.
Elle est civilisationnelle.
Que laisserons-nous à nos enfants ? Un territoire pillé et dépendant ? Ou un État fort, industrialisé et souverain ?
Nous avons le devoir moral, historique et patriotique de nous battre pour que le Congo cesse d’être exploité au profit des autres.
L’histoire des peuples enseigne une vérité simple :
- les nations qui abandonnent le contrôle de leurs ressources finissent toujours par perdre progressivement leur souveraineté.
Le Congo possède tout pour devenir une grande puissance africaine. Mais cela exige :
- du courage politique ;
- une vision stratégique ;
- un sursaut patriotique ;
- et surtout un véritable consensus national autour de la défense des intérêts supérieurs de la République.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






