Connect with us

Hi, what are you looking for?

Politique

RDC : quand Félix Tshisekedi avoue son impuissance (Tribune de Moussa Kalema)

Les récentes déclarations du président Félix Tshisekedi sur la guerre à l’Est, l’avenir institutionnel du pays et le rôle des puissances étrangères provoquent une onde de choc dans l’opinion congolaise. En affirmant que « Dieu seul sait » ce qui adviendra en 2028, ou encore que les États-Unis disposent de davantage d’informations que lui sur la situation sécuritaire de la RDC, le chef de l’État alimente le doute sur sa capacité réelle à diriger le pays.

C’est ce qu’explique Moussa Kalema dans cette tribune. Il dénonce notamment un aveu d’impuissance exprimé par le président lui-même derrière les discours nationalistes et les slogans patriotiques qui cachent en vérité une crise profonde de souveraineté, de gouvernance et de crédibilité politique.

TRIBUNE LIBRE

RDC : quand le président avoue son impuissance

Il existe des déclarations qui marquent durablement l’histoire politique d’une nation. Non parce qu’elles rassurent ou inspirent, mais parce qu’elles révèlent brutalement la profondeur d’une crise de pouvoir.

Les propos récemment tenus par le président Félix Tshisekedi appartiennent à cette catégorie.

Lorsqu’un chef de l’État déclare publiquement :

« Dieu seul sait ce qui se passera en 2028 »,

ou encore :

« Dieu seul sait quand l’armée rwandaise quittera notre pays »,

ce n’est pas seulement une phrase politique. C’est un aveu.

Mais le plus grave fut atteint lorsque le président de la République a reconnu devant la presse nationale et internationale que les Américains détenaient davantage d’informations sur la RDC que lui-même.

Comment un président de la République, commandant suprême des FARDC, disposant :

des services de renseignement civils et militaires ;

de l’appareil diplomatique ;

de l’administration territoriale ;

de millions de citoyens répartis sur tout le territoire,

peut-il reconnaître qu’une puissance étrangère connaît mieux son pays que lui-même ?

Cette phrase est extrêmement lourde de conséquences.

Elle révèle soit :

une faillite grave de l’appareil d’État ;

une perte inquiétante de souveraineté ;

soit une dépendance politique devenue assumée.

Dans tous les cas, elle constitue un signal alarmant pour l’avenir du Congo.

Depuis 2019, le peuple congolais a été abreuvé de discours guerriers, nationalistes et triomphalistes.

Nous avons entendu :

que Kigali ne dormirait plus tranquille ;

que le Rwanda pouvait être neutralisé sans combat terrestre ;

que le président irait lui-même résider à Goma pour diriger la guerre ;

que la RDC possédait les moyens de faire respecter sa souveraineté.

Mais derrière les slogans, quelle réalité ?

Aujourd’hui :

le M23 occupe toujours plusieurs territoires ;

des millions de Congolais vivent déplacés ;

l’armée continue de souffrir de profondes divisions ;

l’État recule dans plusieurs zones stratégiques ;

et la souveraineté nationale paraît plus fragilisée que jamais.

Le plus inquiétant est que cette situation semble désormais banalisée par le pouvoir lui-même.

Pendant ce temps, des accords internationaux sont signés dans une grande opacité.

Des partenariats stratégiques engageant les ressources du pays sont conclus sans véritable débat national.

La RDC paraît progressivement glisser d’un État souverain vers un espace sous influence géopolitique permanente.

Le peuple congolais assiste à un paradoxe dangereux : plus les discours patriotiques augmentent, plus la dépendance extérieure semble s’approfondir.

Comment ne pas s’interroger lorsque :

des puissances étrangères deviennent les principaux arbitres de nos crises ;

des sanctions internationales dictent le rythme de notre vie politique ;

et que le président lui-même affirme implicitement dépendre d’informations étrangères pour comprendre la situation de son propre pays ?

Une nation qui ne maîtrise ni son renseignement, ni sa sécurité, ni ses ressources stratégiques devient vulnérable à toutes les formes de manipulation extérieure.

Mais la crise actuelle ne se limite pas à la souveraineté. Elle touche désormais les fondements mêmes de l’État républicain.

Le tribalisme, le népotisme, la corruption et la personnalisation du pouvoir fragilisent davantage les institutions.

La justice est accusée d’être instrumentalisée.

Le Parlement semble perdre progressivement sa capacité de contrôle.

Les frustrations montent jusque dans les forces de défense et de sécurité.

Pendant ce temps, la population s’enfonce dans la pauvreté malgré l’augmentation du budget national et les immenses richesses minières du pays.

Le drame congolais est là : un pays immensément riche dirigé comme un État fragile dépendant des intérêts extérieurs.

Le plus dangereux serait désormais de transformer la crise nationale en crise institutionnelle à travers des projets de modification constitutionnelle destinés à prolonger le pouvoir personnel.

L’Afrique a déjà payé un lourd tribut aux présidences à vie et aux troisièmes mandats.

Chaque fois que les règles constitutionnelles sont manipulées pour satisfaire des ambitions individuelles, les conséquences sont connues :

instabilité ;

violences ;

fractures nationales ;

affaiblissement durable de l’État.

La RDC ne peut pas se permettre une nouvelle aventure politique de cette nature.

Le peuple congolais mérite :

un État fort ;

une armée républicaine ;

des institutions crédibles ;

une justice indépendante ;

une gouvernance patriotique ;

et des dirigeants capables d’assumer pleinement leurs responsabilités sans transférer la souveraineté nationale aux puissances étrangères.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à multiplier les discours martiaux devant les caméras.

Il consiste à protéger la nation, défendre les institutions et respecter la Constitution.

Le Congo n’a pas besoin d’un pouvoir qui entretient la confusion, l’émotion et les slogans.

Le Congo a besoin de vérité, de courage politique et d’un véritable projet national.

Car lorsqu’un président commence lui-même à avouer son impuissance, il appartient désormais au peuple de défendre la République.

Fait à Kinshasa, le 8 mai 2026

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national, membre du Bureau politique du PVR

Nos lecteurs ont lu ensuite