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Politique

RDC : BRISER LE MYTHE DES HOMMES PROVIDENTIELS OU DISPARAÎTRE AVEC EUX ( Tribune de Moussa Kalema)

Dans la présente tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC, appelle les Congolais à rompre avec la culture des « hommes providentiels », qu’il considère comme un frein majeur à la consolidation démocratique et à la stabilité de la République. S’appuyant sur les leçons de l’histoire politique congolaise, il estime qu’aucune nation durable ne peut être construite autour d’un individu, aussi influent soit-il, en raison du caractère inévitablement mortel de tout homme.

Le leader du PVR dénonce une classe politique, aussi bien au pouvoir que dans l’opposition, encore prisonnière de la personnalisation du pouvoir, où les institutions, le débat interne et la préparation de la relève sont souvent sacrifiés au profit du culte du leader. Plaidant pour une révolution politique et mentale, Moussa Kalema propose plusieurs réformes destinées à renforcer la démocratie interne des partis, encourager l’émergence de nouveaux leaders et bâtir un État fondé sur des institutions fortes plutôt que sur des figures politiques présentées comme indispensables.

TRIBUNE POUR UNE RÉVOLUTION POLITIQUE ET MENTALE

Une vérité que personne ne peut fuir : l’homme est mortel

Il faut avoir le courage de dire ce que beaucoup murmurent sans oser l’assumer : les hommes providentiels n’existent pas.

Pourquoi ?

Parce qu’il existe une réalité implacable, universelle et irréversible : la mort.

L’histoire politique congolaise elle-même nous l’enseigne avec brutalité.

Mobutu Sese Seko est mort. Laurent-Désiré Kabila, que beaucoup appelaient “Mzee”, est mort.

Et avec eux, des systèmes entiers se sont effondrés ou profondément ébranlés.

Alors de quelle illusion parlons-nous encore ? De quelle éternité politique rêvons-nous ?

Bâtir un pays sur un homme, c’est bâtir sur sa disparition programmée.

Le poison du providentialisme : une République sous tutelle

Le Congo reste prisonnier d’un schéma dangereux : celui de l’homme présenté comme unique solution, unique recours, unique garantie.

Dans cette logique :

le leader devient plus important que les institutions ;

la loyauté remplace la compétence ;

la succession devient un tabou ;

la République se transforme en dépendance permanente.

C’est une dérive grave.
C’est une faute politique.
C’est un sabotage silencieux de l’avenir.

Majorité comme opposition : le même mal, la même impasse

Qu’on regarde du côté du pouvoir ou de l’opposition, le constat est troublant :

les structures politiques restent suspendues à des figures dominantes, au point que toute la dynamique interne semble paralysée.

La parole politique devient rare, hésitante, parfois inaudible. Les cadres attendent. Les initiatives s’éteignent. Le débat disparaît.

Et un message implicite s’installe :
“Sans le leader, rien n’est possible.”

C’est faux.
Et c’est dangereux pour la nation.

Un peuple enfermé dans une dépendance mentale

Le plus inquiétant est que cette logique est désormais intériorisée.

Beaucoup de citoyens sont convaincus qu’il existerait des hommes sans lesquels le Congo ne peut pas avancer.

C’est une erreur.
C’est une aliénation.
C’est une abdication.

Un peuple qui croit à l’homme providentiel renonce à son propre pouvoir.

Un réquisitoire moral contre l’irresponsabilité politique

Il faut le dire sans détour :

entretenir le mythe de l’homme providentiel est une faute morale et politique.

C’est :

refuser de préparer la relève ;

confisquer l’avenir ;

transformer les partis en patrimoines personnels.

Un grand leader prépare la continuité.
Un leader faible organise sa propre indispensabilité.

Changer le logiciel : des hommes au service des idées

Le Congo doit changer de paradigme.

Les hommes politiques ne doivent plus être des “sauveurs”. Ils doivent être des porteurs de projets de société.

Un parti politique doit vivre par :

ses idées ;

ses règles ;

ses débats ;

et non par la respiration d’un seul individu.

Des réformes concrètes pour tuer le mythe

Le combat contre le providentialisme doit être à la fois politique et juridique :

institutionnaliser la succession dans les partis (congrès obligatoires, calendrier contraignant) ;

limiter les mandats internes pour empêcher toute confiscation durable ;

imposer la démocratie interne comme condition de légitimité ;

encadrer juridiquement les partis excessivement personnalisés ;

protéger l’émergence de nouveaux leaders.

Conclusion : la République ou l’illusion

Le Congo est à un tournant.

Soit nous continuons à croire aux hommes providentiels, et nous répéterons indéfiniment les mêmes crises.

Soit nous acceptons enfin cette vérité simple :

les hommes passent, la République doit rester.

Parce que tous les hommes sont mortels, aucun ne peut être le fondement d’un État durable.

Le Congo n’a pas besoin d’un homme fort. Il a besoin d’institutions fortes.

“Aucun homme n’est éternel. La République, elle, doit l’être.”

Fait à Kinshasa, le 04 mai 2026

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National, Membre du Bureau Politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR), Membre du Bureau Politique du FCC

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