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Politique

Changement constitutionnel en RDC : une initiative contestable au regard de la Constitution elle-même (Tribune de Moussa Kalema)

Alors que certaines confessions religieuses plaident en faveur d’une révision de la Constitution en invoquant la souveraineté populaire, cette prise de position suscite de vives interrogations sur sa légitimité juridique et politique. Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku met en garde contre les risques d’instrumentalisation des institutions religieuses et appelle au respect strict de l’ordre constitutionnel, estimant que les véritables enjeux résident davantage dans l’application de la loi fondamentale que dans sa modification.

TRIBUNE

Derrière la mobilisation des confessions religieuses transpire le spectre d’une instrumentalisation politique.

L’appel de certaines confessions religieuses en faveur d’une révision constitutionnelle présentée comme une “expression de la souveraineté populaire” appelle une réponse ferme, juridique et politique.

Car derrière ce discours se joue une question essentielle :
peut-on légitimement porter un projet de réforme constitutionnelle lorsque l’on a contribué à fragiliser la confiance dans les mécanismes démocratiques ?

Je parle ici en témoin et en acteur. Secrétaire général de la communauté islamique en RDC, en 2023 en plein mandat j’ai suspendu ma participation au sein du comité exécutif national pour ne pas cautionner des dérives graves dans le rôle des confessions religieuses dans la vie publique.

1. La souveraineté du peuple : un principe non négociable mais encadré

L’article 5 de la Constitution est sans ambiguïté :
“La souveraineté nationale appartient au peuple.”

Mais cette souveraineté ne s’exerce pas dans l’anarchie ou la manipulation. Elle est encadrée par des procédures constitutionnelles strictes.

L’article 218 précise clairement que l’initiative de la révision constitutionnelle appartient :

  • au Président de la République,
  • au Gouvernement,
  • à chacune des Chambres du Parlement,
  • ou à une fraction du peuple via une pétition.

Les confessions religieuses, en tant que telles, n’ont aucun rôle constitutionnel dans cette initiative.

Elles peuvent contribuer au débat public mais pas s’ériger en moteur politique d’un processus de révision.

2. Les limites intangibles de la révision constitutionnelle

L’article 220 de la Constitution pose des verrous juridiques absolus :

  • la forme républicaine de l’État,
  • le principe du suffrage universel,
  • la forme représentative du gouvernement,
  • le nombre et la durée des mandats du Président de la République,
  • l’indépendance du pouvoir judiciaire,
  • le pluralisme politique et syndical.

Toute mobilisation qui, directement ou indirectement, ouvre la voie à une remise en cause de ces principes fondamentaux est inconstitutionnelle dans son esprit sinon dans sa lettre.

3. L’obligation de neutralité des confessions religieuses

La Constitution consacre la séparation entre l’État et les organisations religieuses.

L’article 1er établit la RDC comme un État de droit.
L’article 22 garantit la liberté de religion.

Mais cette liberté implique aussi une responsabilité :
ne pas transformer les structures religieuses en instruments d’influence politique partisane.

Lorsque des confessions religieuses s’alignent sur une dynamique politique, elles sortent de leur rôle moral pour entrer dans un jeu de pouvoir avec toutes les conséquences que cela implique.

4. Une crédibilité entamée par la crise électorale

Il est impossible d’ignorer le précédent récent.

Le processus de désignation du président de la CENI, marqué par des tensions et des accusations de marchandage, a conduit au retrait de la CENCO et de l’ECC.

Cette rupture a profondément affecté la crédibilité de la plateforme des confessions religieuses.

Dès lors, leur implication actuelle dans un débat aussi structurant pose une question simple :
peuvent-elles se prévaloir d’une neutralité suffisante pour encadrer une réforme constitutionnelle ?

5. Le danger d’une instrumentalisation du peuple

La réforme constitutionnelle ne peut être :

  • ni une opération de communication,
  • ni un outil de repositionnement politique,
  • ni un prolongement déguisé de rapports de force institutionnels.

Le peuple congolais ne doit pas être mobilisé à travers des canaux où la frontière entre foi et politique devient floue.

La souveraineté populaire n’est pas un slogan.
C’est une exigence de vérité, de transparence et de confiance.

6. L’urgence : appliquer la Constitution avant de la modifier

Avant toute révision, une priorité s’impose :
appliquer pleinement la Constitution existante.

Le véritable problème de la RDC n’est pas l’insuffisance du texte constitutionnel, mais le déficit de son respect.

Changer la Constitution sans corriger les pratiques reviendrait à :
changer les règles sans changer le jeu.

Conclusion : un appel à la vigilance citoyenne

J’appelle nos compatriotes à la lucidité :

  • refusez toute instrumentalisation de votre foi à des fins politiques,
  • exigez le respect strict des procédures constitutionnelles,
  • défendez l’intégrité de notre pacte républicain.

La Constitution ne doit pas être capturée par des intérêts circonstanciels.

Elle appartient au peuple.

Mais un peuple informé, vigilant et souverain pas manipulé.

Fait à Kinshasa, le 30 avril 2026

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National,
Membre du Bureau Politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)

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