À l’approche de l’échéance électorale de 2028, le débat sur le respect de la Constitution s’installe progressivement au cœur de la vie politique en RDC. Entre interrogations sur les intentions du pouvoir et inquiétudes liées aux précédents observés ailleurs sur le continent, la question des limites des mandats refait surface. Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku analyse les enjeux de cette séquence politique et met en garde contre toute remise en cause de l’État de droit.
TRIBUNE
Une échéance électorale sous tension
À mesure que se profile l’échéance électorale de 2028, la République démocratique du Congo entre dans une zone de fortes incertitudes politiques. Dans un contexte marqué par des fragilités institutionnelles persistantes et une gouvernance contestée, le président Félix Tshisekedi est confronté à une équation déterminante : consolider l’État de droit en respectant strictement les limitations constitutionnelles, ou céder à des dynamiques internes qui, ailleurs sur le continent, ont souvent conduit à des crises de légitimité et d’instabilité.
À ce stade du mandat présidentiel, la question institutionnelle centrale n’est plus théorique. Elle est devenue éminemment politique : celle du respect des mécanismes de limitation du pouvoir.
Les articles 219 et 220 de la Constitution congolaise constituent, à cet égard, des garde-fous explicites. Ils encadrent strictement toute révision constitutionnelle et sanctuarisent notamment la limitation des mandats présidentiels. Dans l’architecture institutionnelle congolaise, ces dispositions ne relèvent pas du détail juridique : elles sont le socle de l’équilibre post-crises.
Toute tentative de réinterprétation ou de contournement, même indirect, introduirait un précédent susceptible de fragiliser durablement cet équilibre.
Un héritage politique à reconsidérer
Le pouvoir actuel s’inscrit dans une filiation politique fortement marquée par la figure de Étienne Tshisekedi, longtemps présenté comme l’archétype de l’opposant démocratique en Afrique centrale.
Cependant, une analyse plus nuancée de son parcours révèle une trajectoire complexe : participation aux institutions sous Mobutu Sese Seko, responsabilités de premier plan dans l’appareil d’État, puis engagement dans l’opposition. Cette alternance entre intégration au système et contestation s’est également retrouvée, sous des formes différentes, dans les rapports avec le régime de Joseph Kabila.
Loin de disqualifier son rôle historique, cette réalité invite à dépasser une lecture binaire. Elle souligne surtout que la légitimité démocratique ne peut être héritée : elle se construit dans l’exercice du pouvoir.
La contradiction du pouvoir hyper-présidentiel
Le fonctionnement institutionnel congolais présente une singularité : bien que formellement semi-présidentiel, il tend, dans la pratique, vers une concentration accrue du pouvoir exécutif autour du Chef de l’État.
Dans ce contexte, les récentes déclarations présidentielles dénonçant des pertes massives de revenus publics, des circuits parallèles dans la gestion des ressources minières ou encore la création d’entités en dehors du cadre budgétaire soulèvent une question de cohérence institutionnelle.
En effet, dans un système où le Président :
- préside régulièrement le Conseil des ministres,
- oriente les grandes politiques publiques,
- et valide des décisions structurantes,
la distinction entre observation et responsabilité devient difficile à établir.
Deux lectures émergent :
soit ces dérives étaient connues, et leur dénonciation tardive traduit une difficulté à imposer des mécanismes correctifs ;
soit elles ne l’étaient pas, ce qui interroge sur la capacité de l’État à assurer ses fonctions de contrôle au plus haut niveau.
Dans les deux cas, la situation met en lumière une tension structurelle : celle d’un pouvoir centralisé confronté à une gouvernance fragmentée.
Pressions politiques et tentation de continuité
À l’approche de 2028, les débats autour d’une éventuelle évolution constitutionnelle s’inscrivent dans un environnement politique marqué par :
- des divisions internes,
- une montée des tensions identitaires,
- et une défiance croissante vis-à-vis des institutions.
Dans ce contexte, les dynamiques de conservation du pouvoir — souvent portées par des cercles politiques ou informels — peuvent entrer en contradiction avec les exigences de stabilité institutionnelle.
L’expérience d’autres pays africains montre que la remise en cause des limitations de mandat constitue fréquemment un facteur déclencheur de crises politiques majeures.
2028 : un moment de clarification démocratique
L’organisation d’élections dans le respect strict du calendrier constitutionnel représenterait, pour la République démocratique du Congo, un signal fort de consolidation institutionnelle.
À l’inverse, toute ambiguïté prolongée sur cette question risquerait d’alimenter les incertitudes, tant sur le plan interne que régional.
Dans un pays où les équilibres politiques demeurent fragiles, la prévisibilité institutionnelle constitue un facteur clé de stabilité.
Conclusion : une responsabilité historique
Pour Félix Tshisekedi, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion du pouvoir. Il s’agit d’un test de crédibilité démocratique.
Dans un environnement marqué par des attentes élevées et des tensions latentes, la capacité à respecter les règles du jeu institutionnel apparaît comme un indicateur déterminant de maturité politique.
Plus que les déclarations, ce sont les décisions à venir qui définiront la trajectoire du pays.
Fait à Kinshasa, le 28 avril 2026
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National,
Membre du Bureau Politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






