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Tribune

Constitution congolaise en danger : le double discours qui prépare la confrontation (Tribune de Moussa Kalema)

Alors que la polémique enfle autour d’un éventuel changement constitutionnel, les signaux contradictoires envoyés par le pouvoir alimentent, selon cette tribune de Moussa Kalema, une inquiétude grandissante. Entre dénégations officielles, initiatives officieuses et tensions sur le terrain, le président national du PVR estime que le pays s’approche dangereusement d’un point de rupture.

Il y a des moments dans la vie d’une nation où le silence devient une complicité, dit-il, pour justifier cette énième prise de position sur la question du changement de la Constitution.

TRIBUNE

La séquence actuelle autour de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo en est une.

Après avoir laissé prospérer l’idée d’un changement de Constitution, voilà que l’Union Sacrée tente aujourd’hui un rétropédalage maladroit, niant ce que tout le monde a vu, entendu et compris. Mais le mal est fait. Et surtout, il est documenté.

Car enfin, comment expliquer que, d’un côté, certains cadres du pouvoir qualifiaient hier toute tentative de révision de la Constitution de “haute trahison” et de “crime imprescriptible”, et que de l’autre, circulent aujourd’hui des projets de nouvelles moutures constitutionnelles, aussi bien au sein de l’Union Sacrée que de l’UDPS ?

Comment comprendre que le Secrétaire général de l’UDPS évoque publiquement la nécessité de “donner un nouveau mandat” au Chef de l’État, pendant que d’autres soutiennent qu’il n’a pas un mandat, mais une “mission”, ouvrant ainsi la voie à une remise en cause insidieuse de la limitation des mandats ?

UN DOUBLE DISCOURS DANGEREUX

Ce double discours est dangereux.

Il est même explosif.

Car pendant que les élites jouent avec les mots, le terrain, lui, s’échauffe déjà.

Il y a à peine une semaine, dans une commune de Kinshasa, des affrontements ont opposé des militants de l’opposition à des groupes se réclamant des “forces du progrès”.

Le motif ? Une simple activité de sensibilisation autour de l’article 220 de la Constitution, cet article verrou qui protège notamment la limitation des mandats.

Ce n’est plus un débat académique.

C’est une ligne de fracture nationale.

UNE RESPONSABILITÉ POLITIQUE ENGAGÉE

Et dans ce contexte, le rôle du Secrétaire permanent de l’Union Sacrée interpelle.

Lui qui se présente en permanence comme professeur de droit constitutionnel ne peut pas, sans se renier, soutenir aujourd’hui ce qu’il condamnait hier avec une telle virulence.

Il y a deux options, et seulement deux :

soit il maintient sa position initiale et condamne clairement toute tentative de modification de la Constitution ;

soit il reconnaît s’être trompé et assume publiquement ce revirement.

Mais persister dans l’ambiguïté relève d’une faute politique grave.

Car on ne joue pas avec la Constitution comme on ajuste un discours politique.

La Constitution est un pacte. Et toucher à ses fondements, en particulier à ceux protégés par l’article 220, revient à fragiliser l’équilibre même de la Nation.

LE SILENCE DES CONSTITUTIONNALISTES

Il est temps, également, d’interpeller la communauté des constitutionnalistes congolais.

Le silence de ceux qui savent est assourdissant.

Le droit ne doit pas devenir un instrument au service du pouvoir.

Un constitutionnaliste n’est pas un militant déguisé. Il est le gardien des principes.

Se taire aujourd’hui, c’est accepter que la science juridique soit prostituée au profit d’ambitions politiques.

UN PAYS À LA CROISÉE DES CHEMINS

Le pays est à un tournant.

Si le pouvoir persiste dans cette stratégie du flou et de la manipulation, il portera la responsabilité historique d’une possible confrontation entre le peuple et ses dirigeants.

Car une chose est certaine :

le peuple congolais n’acceptera pas qu’on lui confisque, par ruse ou par force, les acquis constitutionnels pour lesquels il a tant sacrifié.

Il est encore temps de reculer.

Mais le temps presse.

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du PVR
Membre du bureau politique du FCC

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