Réagissant aux discussions entourant l’accueil en République démocratique du Congo de migrants expulsés des États-Unis, Moussa Kalema, président national du PVR et membre du bureau politique du FCC exprime de vives inquiétudes quant aux implications juridiques, politiques et souveraines d’un tel projet. Dans cette tribune, il met en garde contre ce qu’il perçoit comme une externalisation des politiques migratoires vers la RDC, dénonce l’absence de transparence et de cadre légal clair, et interpelle les autorités congolaises sur les risques d’un engagement aux conséquences potentiellement lourdes pour la nation.
Sous couvert de coopération internationale, il se pose une question. Celle de savoir si la République démocratique du Congo elle réellement en train de devenir une terre de relégation migratoire pour des politiques étrangères qu’elle ne maîtrise pas ? Au-delà des discours diplomatiques, l’enjeu est juridique, politique et profondément souverain.
TRIBUNE
Une opération juridiquement bancale
Que des migrants expulsés par les États-Unis soient redirigés vers la RDC soulève une interrogation fondamentale :
au nom de quel droit un État peut-il transférer vers un pays tiers des personnes qui n’en sont ni ressortissantes ni résidentes ?
Le droit international est pourtant clair.
La Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, tout comme le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, impose des obligations strictes :
protection des droits fondamentaux
accès à un statut juridique clair
interdiction de toute forme de transfert arbitraire
Or, dans le cas présent, tout indique un risque de vide juridique organisé.
Ces hommes et ces femmes ne sont ni Congolais, ni demandeurs d’asile au sens classique, ni migrants volontaires. Ils deviennent alors quoi ?
Des “présences administratives tolérées” ? Des individus juridiquement invisibles ?
La RDC, nouveau maillon faible de l’externalisation migratoire
Soyons lucides : ce type d’arrangement s’inscrit dans une stratégie bien connue des grandes puissances
externaliser la gestion des flux migratoires vers des États plus fragiles.
Demain, après l’Amérique, d’autres suivront.
Et la RDC pourrait glisser dangereusement vers un rôle qui n’est pas le sien :
celui de zone de relégation pour politiques migratoires étrangères.
Ce n’est pas de la coopération.
C’est un transfert de charge politique, juridique et humaine.
Une bombe à retardement interne
Dans un pays déjà confronté à :
une crise socio-économique persistante
des tensions sécuritaires
une fragilité des institutions
introduire une population sans statut clair, sans trajectoire d’intégration, sans perspective de retour, revient à :
créer délibérément une zone d’instabilité future.
Qui prendra en charge :
leur hébergement ?
leur sécurité ?
leur encadrement administratif ?
Le contribuable congolais ?
Ou un État étranger dont les engagements sont, par nature, réversibles ?
Une atteinte silencieuse à la souveraineté
La souveraineté ne se proclame pas, elle s’exerce.
Et elle commence par une règle simple :
un État ne doit pas subir des décisions qui redéfinissent son espace humain sans son contrôle plein et entier.
Accepter sans cadre rigoureux ces transferts, c’est :
renoncer à définir qui entre et pourquoi
déléguer une partie de notre politique migratoire
fragiliser notre position diplomatique
C’est, en réalité, accepter une forme douce de mise sous influence.
Le piège du silence et de l’opacité
Le plus inquiétant n’est pas seulement le fond, mais la méthode :
absence de débat public
flou autour des accords
opacité sur les engagements réciproques
Or, une décision de cette nature engage :
la sécurité nationale
les finances publiques
l’image internationale du pays
Elle ne peut être traitée dans la discrétion administrative.
Ce que le droit impose, ce que la politique exige
Si la RDC devait envisager un tel dispositif, alors des lignes rouges s’imposent :
un accord bilatéral formel, public et juridiquement contraignant
un statut légal clair et temporaire pour les personnes concernées
une prise en charge financière intégrale par la partie initiatrice
un mécanisme de sortie garanti (retour ou réinstallation)
Sans cela, il ne s’agit plus de coopération, mais de transfert irresponsable de vulnérabilité.
Conclusion : refuser le déclassement stratégique
La République démocratique du Congo n’est ni un dépotoir migratoire, ni une variable d’ajustement des politiques étrangères.
Elle est un État souverain, au cœur de l’Afrique, appelé à jouer un rôle stratégique, non à subir des arrangements qui l’affaiblissent.
La vraie question n’est donc pas humanitaire.
Elle est politique :
sommes-nous en train de gouverner notre avenir, ou de l’hypothéquer silencieusement ?
Moussa Kalema Sangolo-Zaku






