La situation sécuritaire en République démocratique du Congo reste préoccupante à ce jour. Le pays connaît une pression économique croissante ainsi que des tensions politiques exacerbées. C’est ce que décrit Moussa Kalema dans cette tribune, où il estime notamment que la RDC évolue dans une zone de turbulences, entre endettement préoccupant, recul des libertés, crise de gouvernance et menace sur la cohésion nationale.
Pour sortir de cette impasse, il en appelle à une prise de conscience urgente et à l’organisation d’un dialogue national inclusif afin d’éviter au pays une implosion aux conséquences incalculables.
Il alerte également sur le fait que le peuple s’enfonce dans la misère, l’insécurité et l’angoisse du lendemain, sous le regard des autorités.
TRIBUNE
Il est des moments dans l’histoire d’une Nation où se taire équivaut à trahir.
La République démocratique du Congo traverse aujourd’hui l’un de ces moments critiques où l’accumulation des crises n’est plus une simple alerte, mais le signe évident d’une dérive généralisée.
Une économie sous pression et une gouvernance contestée
Sur le plan économique, le pays est engagé dans une spirale d’endettement préoccupante, sans visibilité claire sur la soutenabilité de cette trajectoire. Cette fuite en avant compromet gravement l’avenir de la jeunesse congolaise.
Dans le même temps, les dépassements budgétaires scandaleux des institutions, Présidence de la République, Parlement et Gouvernement ainsi que les émoluments indécents de certains dirigeants contrastent violemment avec la précarité extrême de la population.
Ce décalage nourrit une colère sourde, mais légitime.
À cette gestion contestable s’ajoutent les maux persistants de la gouvernance : détournements de fonds publics, pillage systématique des ressources, impunité érigée en mode de gestion. L’État perd en crédibilité ce qu’il tolère dans l’ombre.
Une insécurité généralisée et inquiétante
Mais c’est sur le plan sécuritaire que la faillite devient la plus visible et la plus préoccupante. L’insécurité n’est plus confinée aux zones de conflit à l’Est ; elle s’est installée au cœur même de la capitale et des grandes villes.
Braquages de banques, assassinats ciblés, exécutions sommaires notamment de cambistes : la peur est devenue un mode de vie.
Pire encore, la prolifération de milices à coloration politique et leurs confrontations avec la population traduisent une dérive dangereuse vers la privatisation de la violence.
Pendant ce temps, la guerre dite « de l’Est », aux contours de plus en plus flous, menace de s’étendre à d’autres régions stratégiques, notamment l’espace katangais. Le spectre d’une déstabilisation généralisée du pays n’est plus une hypothèse lointaine.
Un climat politique délétère
Sur le plan politique, le climat est tout aussi préoccupant. Arrestations d’opposants, poursuites judiciaires sélectives, exil forcé de leaders politiques, rétrécissement de l’espace civique : la démocratie congolaise recule dangereusement.
Les divisions internes au sein même des forces au pouvoir aggravent cette instabilité et donnent l’image d’un système à bout de souffle.
À cela s’ajoutent des initiatives controversées, notamment certains accords internationaux perçus comme attentatoires à la souveraineté nationale, ainsi que la tentation manifeste de réviser la Constitution, en violation des dispositions intangibles, dont l’article 220.
Toucher à ces équilibres fondamentaux dans un contexte aussi fragile revient à jouer avec le feu.
Une crise sociale profonde
Sur le plan social, la réalité est implacable : pauvreté endémique, infrastructures délabrées, embouteillages monstres dans la capitale, services publics défaillants.
La vie quotidienne des Congolais est une épreuve permanente. Et face à cela, les réponses tardent ou restent largement insuffisantes.
La vérité est simple, mais dure : la cohésion nationale est aujourd’hui profondément fissurée.
Le contrat social est fragilisé.
La confiance est rompue.
Appel au sursaut
Face à ce tableau sombre, l’heure n’est plus aux discours d’autosatisfaction ni aux calculs politiques à courte vue. L’heure est à la lucidité et au courage.
Le Président de la République, garant de la Nation, ainsi que toutes les institutions doivent impérativement prendre la mesure du danger.
Le pays a besoin, en urgence, d’un dialogue national inclusif, sincère et structuré, réunissant majorité, opposition, société civile et forces vives.
Ce dialogue n’est pas une option. Il est une nécessité vitale pour :
restaurer la confiance entre l’État et les citoyens ;
prévenir une implosion sociale et politique ;
refonder le consensus national ;
préserver l’unité et la souveraineté du pays.
CONCLUSION
L’histoire jugera sévèrement ceux qui, par aveuglement, arrogance ou calcul, auront laissé la République sombrer.
Il est encore temps d’éviter l’irréparable.
Mais demain pourrait être trop tard.
Fait à Kinshasa, le 19 avril 2025
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national
Membre du Bureau politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






