Dans un contexte de dégradation sécuritaire persistante à l’Est de la République démocratique du Congo, la signature d’un mémorandum d’entente entre le gouvernement et l’AFC/M23 continue de faire couler encre et salive au sein de la classe politique et de l’opinion.Pour certains acteurs de l’opposition, cet accord, présenté comme un mécanisme technique de stabilisation, révèle en réalité un affaiblissement profond de l’État et une dérive dans la gestion de la souveraineté nationale.
Dans cette tribune, Moussa Kalema Sangolo-Zaku livre sa lecture critique de ce mémorandum, qu’il qualifie de symptôme d’un pouvoir en faillite. Il appelle, de ce fait, à un sursaut politique fondé sur un dialogue national inclusif, seule voie, selon lui, pour éviter l’implosion du pays.
TRIBUNE
Il ne sert plus à rien de contourner la vérité
Le mémorandum d’entente signé entre le Gouvernement et l’AFC/M23 n’est pas un simple instrument technique de cessez-le-feu.
Il est l’expression brutale d’un affaiblissement généralisé de l’État congolais :
Affaiblissement politique
Affaiblissement sécuritaire
Affaiblissement institutionnel
Affaiblissement économique
Affaiblissement moral
Tout est affaibli.
Et c’est précisément cet affaiblissement qui conduit aujourd’hui le pouvoir à accepter des arrangements que la Nation, dans sa dignité, n’aurait jamais tolérés en temps de force.
Un État rabaissé au rang de partie parmi d’autres
Il faut le dire sans détour.
Ce mémorandum ne crée pas une anomalie : il consacre une dérive déjà installée depuis plusieurs processus internationaux.
D’Addis-Abeba à Luanda, de Doha à Washington, le Gouvernement congolais a progressivement accepté d’être placé :
au même niveau que la rébellion,
dans des formats de négociation paritaires,
sous arbitrage et supervision extérieure.
Le mécanisme actuel (3 délégués contre 3) n’est donc pas une surprise.
Il est l’aboutissement logique d’un affaissement progressif de la posture étatique.
La République n’impose plus. Elle négocie d’égal à égal avec ceux qui la défient par les armes.
C’est une rupture grave de l’ordre républicain.
Une faillite interne qui nourrit la défaite stratégique
Il serait irresponsable de réduire cette situation à des facteurs extérieurs.
La vérité est plus dure :
la faiblesse extérieure de l’État est le produit de sa fragilité intérieure.
Le pouvoir a échoué à :
fédérer les forces politiques et sociales du pays ;
instaurer un climat démocratique apaisé ;
préserver la cohésion au sein de l’appareil sécuritaire ;
gouverner avec rigueur et vision.
À cela s’ajoute un climat marqué par :
la contestation des élections de 2023,
la marginalisation de l’opposition,
la méfiance généralisée entre institutions et citoyens.
Un État divisé, contesté et fragilisé devient vulnérable, puis négociable.
Des accords conclus sous contrainte, au détriment des intérêts nationaux
Quand un État est fort, il négocie en position de maîtrise.
Quand il est faible, il signe sous pression.
Le mémorandum actuel s’inscrit clairement dans la seconde logique.
Il traduit une capacité réduite de l’État à imposer ses lignes rouges.
Et lorsqu’un pouvoir négocie en position de faiblesse :
il cède sur son autorité,
il cède sur sa souveraineté,
il expose les intérêts nationaux.
La question devient alors fondamentale :
jusqu’où le pays peut-il être engagé sans un consensus national ?
Le refus du dialogue inclusif : l’erreur stratégique majeure
Pendant que les solutions extérieures se multiplient, une solution interne reste bloquée :
le dialogue inclusif entre Congolais.
Les appels portés par les prélats de la CENCO et de l’ECC, ainsi que par l’opposition, constituent une voie de sortie crédible.
Les ignorer ou les retarder est une faute politique grave.
Car la crise congolaise est avant tout :
une crise de légitimité,
une crise de gouvernance,
une crise de confiance nationale.
Aucune solution durable ne peut être imposée de l’extérieur si les causes internes ne sont pas traitées.
Refuser le dialogue, c’est prolonger la crise.
Affaiblir l’opposition : une faute politique aux conséquences sécuritaires
Dans une période aussi critique, le pouvoir devrait rassembler toutes les forces nationales.
Mais il fait le contraire :
répression politique,
exil ou marginalisation de certains opposants,
restriction de l’espace démocratique.
Cette posture est dangereuse.
Elle offre un prétexte politique et moral à ceux qui ont choisi la voie des armes.
Un pouvoir qui ferme l’espace politique ouvre, de facto, l’espace conflictuel.
Une Nation en danger : l’urgence de la cohésion nationale
La RDC est aujourd’hui confrontée à un risque réel :
fragmentation interne,
affaiblissement de l’autorité de l’État,
pression sécuritaire accrue,
exposition aux influences extérieures.
Le pays est menacé d’implosion et d’aliénation.
Face à cela, une seule réponse sérieuse existe :
la cohésion nationale autour d’un dialogue inclusif.
L’exigence d’un sursaut : convoquer le dialogue national inclusif
Il est temps pour le pouvoir de faire preuve de courage politique.
Cela implique :
cesser toute logique d’exclusion,
garantir les libertés politiques,
suspendre les tensions institutionnelles inutiles,
convoquer sans délai un dialogue national inclusif.
Un dialogue :
entre Congolais,
sans exclusion,
sans manipulation,
centré sur les causes profondes de la crise.
Conclusion : le choix de l’histoire
Le mémorandum actuel n’est pas une solution.
Il est le symptôme d’un pouvoir en difficulté.
Mais il peut encore être un électrochoc.
Le pays est à la croisée des chemins :
soit poursuivre dans la fuite en avant,
soit engager un véritable sursaut national.
L’histoire retiendra ceux qui auront eu le courage de rassembler.
Car face au risque d’implosion,
le dialogue national inclusif n’est plus une option. Il est une nécessité vitale.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national du Parti des Vertus Républicaines (PVR)
Membre du Bureau politique du FCC






