Dans un contexte marqué par une guerre persistante à l’Est, une fragilité institutionnelle préoccupante et une défiance croissante entre gouvernants et gouvernés, l’accord récemment conclu entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis sur l’accueil de migrants expulsés alimente les débats. Sans céder aux discours alarmistes ni minimiser les enjeux, Moussa Kalema, à travers la présente tribune, appelle à une lecture lucide, responsable et profondément patriotique, autour d’une décision aux implications sensibles pour la souveraineté nationale.
Pour ce cadre du FCC, cet accord conclu entre la République Démocratique du Congo et les États-Unis semble avoir été engagé dans une opacité préoccupante, pour autant qu’ucune communication claire entouré les contours de cette affaire qui indique-t-il contient toute une avalanche de zones d’ombre qui alimentent les interrogations.
Moussa Kalema précise que ce n’est pas le principe de la coopération internationale qui est ici remis en cause. C’est plutôt, poursuit-il, la méthode, le silence, l’absence de débat démocratique autour d’une décision qui engage pourtant la souveraineté nationale, la sécurité du territoire et la confiance des citoyens.
« Dans un État confronté à des défis aussi lourds, l’opacité n’est pas une simple faiblesse de communication : elle devient un problème politique majeur», conclut-il.
RDC–ÉTATS-UNIS : UN ACCORD SIGNÉ DANS L’OMBRE, AU MÉPRIS DU PEUPLE
TRIBUNE
Parler aujourd’hui de souveraineté en République Démocratique du Congo ne relève ni d’un slogan, ni d’une posture politique. C’est une exigence historique, une responsabilité morale et une nécessité stratégique.
Notre pays traverse une phase critique. À l’Est, les armes continuent de parler là où la diplomatie peine à s’imposer. À l’intérieur, la cohésion nationale est fragilisée par des tensions politiques persistantes et une perte de confiance progressive entre les citoyens et leurs institutions. Dans ce contexte, chaque décision publique majeure devrait être guidée par un impératif absolu : ne pas aggraver la vulnérabilité de l’État.
C’est à cette lumière qu’il convient d’examiner l’accord conclu sous l’autorité du Président Félix Tshisekedi relatif à l’accueil sur le territoire congolais de migrants expulsés des États-Unis.
Disons-le sans détour : la coopération internationale n’est pas un problème en soi. Aucun État moderne ne peut évoluer en vase clos. La solidarité entre nations est un principe légitime, et la République Démocratique du Congo a toujours su, dans son histoire, répondre présente lorsque les circonstances l’exigeaient.
Mais la solidarité ne peut être aveugle. Elle ne peut s’exercer au détriment de la stabilité nationale. Et surtout, elle ne peut se construire dans l’opacité.
Aujourd’hui, plusieurs questions essentielles demeurent sans réponses claires : combien de personnes sont concernées par cet accord ? Pour quelle durée seront-elles présentes sur le territoire national ? Quels dispositifs d’identification, de suivi et de contrôle ont été prévus ? Quelles garanties sécuritaires ont été anticipées dans un pays déjà confronté à des défis majeurs en matière de sécurité ?
Ces interrogations ne relèvent ni de la peur, ni du rejet de l’autre. Elles relèvent du bon sens et du devoir de responsabilité.
L’histoire récente de la région des Grands Lacs nous enseigne que les crises mal anticipées, notamment celles liées aux mouvements de populations, peuvent produire des effets durables sur la stabilité des États. Il ne s’agit pas d’établir des parallèles simplistes, mais de rappeler une évidence : dans un environnement fragile, toute dynamique mal encadrée peut être instrumentalisée ou échapper au contrôle des institutions.
Le véritable enjeu n’est donc pas l’accueil en lui-même. Il réside dans la capacité de l’État congolais à maîtriser les implications de ses engagements.
Or, un État ne se renforce pas dans le silence. Il se consolide dans la transparence, dans le débat et dans l’adhésion de son peuple.
Le déficit de communication autour de cet accord est, en soi, problématique. Il alimente les spéculations, nourrit les inquiétudes et fragilise davantage la confiance déjà érodée entre les citoyens et leurs dirigeants. Dans un contexte aussi sensible, l’absence de pédagogie politique est une erreur stratégique.
C’est pourquoi il est impératif que le gouvernement apporte des éclaircissements complets et accessibles à tous. La publication intégrale des termes de l’accord, l’organisation d’un débat parlementaire sérieux et l’implication de la société civile ne sont pas des options : ce sont des exigences démocratiques.
Au-delà de cet accord spécifique, c’est une question plus large qui se pose : celle de la manière dont sont prises les décisions engageant l’avenir de la Nation. Un pays aussi stratégique que la République Démocratique du Congo, au cœur de nombreuses convoitises, ne peut se permettre une gouvernance approximative ou opaque.
Comme l’avait si justement défendu Patrice Emery Lumumba, l’indépendance politique n’a de valeur que si elle s’accompagne d’une maîtrise réelle des choix nationaux. Gouverner, ce n’est pas seulement administrer. C’est anticiper, protéger et rendre compte.
Le peuple congolais n’est ni hostile à la coopération internationale, ni fermé à la solidarité. Mais il est en droit d’exiger que toute décision prise en son nom respecte trois principes fondamentaux : la transparence, la prudence et la primauté de l’intérêt national.
À défaut, ce ne sont pas seulement les politiques publiques qui sont fragilisées. C’est la confiance nationale elle-même qui s’effrite et avec elle, la capacité de l’État à tenir debout face aux défis présents et à venir.
Le moment est venu de replacer la responsabilité au cœur de l’action publique. Non pas dans la peur, mais dans la lucidité. Non pas dans le rejet, mais dans l’exigence. Non pas dans la suspicion systématique, mais dans la rigueur démocratique.
Car c’est ainsi, et ainsi seulement, que la République Démocratique du Congo pourra éviter que ses fragilités ne deviennent des failles exploitables, et que son immense potentiel ne soit une fois de plus compromis par des décisions mal assumées.
Fait à Kinshasa, le 10/04/2026
Moussa Kalema Sangolo Zaku
Président National, membre du Bureau politique du PVR
Membre du Bureau politique du FCC






