À la suite des révélations du journaliste Thierry Kambundi sur les dons publics accordés aux Léopards, Moussa Kalema pose, à travers cette tribune, une question fondamentale, celle de savoir si l’État congolais respecte encore ses propres règles budgétaires ?
Il justifie cette interrogation au regard de la réalité actuelle : des fonctionnaires de l’État accusent des arriérés de salaires, les forces armées engagées au front manquent, selon lui, de moyens, et plusieurs projets publics sont à l’arrêt faute de financement. Dans ce contexte, la gestion des ressources publiques semble s’affranchir des principes consacrés par la Constitution et la loi relative aux finances publiques.
Moussa Kalema Sangolo-Zaku dresse ainsi, dans cette tribune à découvrir intégralement ci-dessous, un réquisitoire sévère contre ce qu’il considère comme une dérive dangereuse : la banalisation de la dépense hors cadre légal, symptôme d’un affaiblissement préoccupant de l’État de droit financier en République démocratique du Congo.
Ci-dessous, l’intégralité de la tribune :
TRIBUNE
Il est des moments où le silence devient complicité.
Et des moments où parler devient un devoir républicain.
La polémique autour des dons publics accordés aux Léopards, soulevée par Thierry Kambundi, dépasse le cadre sportif. Elle met à nu une crise plus grave : la rupture du pacte budgétaire entre l’État et la Nation.
I. UNE VIOLATION DES PRINCIPES FONDAMENTAUX DES FINANCES PUBLIQUES
Le droit congolais est pourtant clair.
Constitution de la RDC
Article 171 : Les finances publiques sont régies par des lois de finances.
Article 174 : Aucune dépense publique ne peut être engagée ou exécutée en dehors des prévisions budgétaires.
Article 180 : La Cour des comptes contrôle la gestion des finances de l’État.
Traduction politique :
Toute dépense non prévue, non autorisée ou non justifiée constitue une irrégularité grave, voire une faute de gestion publique.
Loi relative aux finances publiques (LOFIP)
Principe de légalité budgétaire : toute dépense doit être autorisée
Principe de spécialité des crédits : chaque dépense doit correspondre à une ligne précise
Principe de transparence : obligation de traçabilité et de justification
Dès lors, une question centrale se pose :
Sous quelle ligne budgétaire ces dons ont-ils été exécutés ?
Sans réponse claire, il ne s’agit plus d’un geste politique, mais d’un acte budgétairement irrégulier.
II. UNE CHAÎNE DE RESPONSABILITÉ INSTITUTIONNELLE ENGAGÉE
Dans un État de droit, la dépense publique engage une responsabilité collective :
Le Gouvernement
Responsable de l’exécution du budget (Article 91 de la Constitution)
Toute dépense irrégulière relève de sa responsabilité directe.
Le Parlement
Détient le pouvoir de contrôle (Articles 100 et 138)
Son silence face à une dépense contestée équivaut à une démission politique.
La Cour des comptes
Chargée de juger la régularité (Article 180)
Son inertie fragilise l’État de droit financier.
Le Parquet général
Compétent pour poursuivre les infractions financières
L’absence d’action interroge sur l’indépendance réelle de la justice.
III. LE DÉTOURNEMENT SYMBOLIQUE DE LA PRIORITÉ NATIONALE
Dans une République en guerre, la hiérarchie des priorités devrait être intangible :
sécurité nationale
rémunération des agents publics
investissements structurants
Or, que constate-t-on ?
des militaires sous-équipés
des fonctionnaires impayés
des projets publics paralysés
Et en parallèle :
des dépenses spectaculaires, non prioritaires, fortement médiatisées
Ce décalage n’est pas seulement politique.
Il est moralement et juridiquement problématique.
IV. LE RISQUE D’UN ÉTAT HORS-LA-LOI BUDGÉTAIRE
Quand la règle budgétaire devient optionnelle,
l’État cesse d’être un État de droit.
Il devient :
un État d’arbitraire
un État d’opportunité politique
un État de communication
Or, la Constitution n’est pas un décor.
La loi de finances n’est pas un slogan.
CONCLUSION : RESTAURER L’ORDRE RÉPUBLICAIN
Ce que le peuple congolais exige aujourd’hui est simple :
la publication des bases légales de toute dépense exceptionnelle
l’activation immédiate des mécanismes de contrôle
la fin de la gestion discrétionnaire des fonds publics
Car sans discipline budgétaire,
il n’y a ni État, ni justice, ni avenir.
Fait à Kinshasa, le 07 avril 2026
Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président National
Membre du Bureau Politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)






