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Politique

Célestin Tunda Ya kasende, la Constitution et la Tentation du reniement : quand le Droit devient l’Otage du pouvoir ( Par Moussa Kalema Sangolo-Zaku)

« Dans un climat politique tendu autour de la question sensible de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, les prises de position récentes du Professeur Célestin Tunda Ya Kasende ne passent pas inaperçues. Loin d’être anodines, elles suscitent de vives interrogations dans l’opinion ». C’est ce que pense, en effe, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC, qui livre, dans les suivantes ligbes, une lecture critique et sans concession de ce qu’il considère comme un revirement préoccupant qui favorise les risques d’une instrumentalisation du droit au profit d’intérêts politiques conjoncturels. Une réflexion profonde sur les limites de la révision constitutionnelle et la préservation de l’État de droit.

« Dans un climat politique tendu autour de la question sensible de la révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, les prises de position récentes du Professeur Célestin Tunda Ya Kasende ne passent pas inaperçues. Loin d’être anodines, elles suscitent de vives interrogations dans l’opinion ». C’est ce que pense, en effe, Moussa Kalema Sangolo-Zaku, président national du parti des vertus républicaines et membre du bureau politique du FCC, qui livre, dans les suivantes ligbes, une lecture critique et sans concession de ce qu’il considère comme un revirement préoccupant qui favorise les risques d’une instrumentalisation du droit au profit d’intérêts politiques conjoncturels. Une réflexion profonde sur les limites de la révision constitutionnelle et la préservation de l’État de droit.

TRIBUNE

Il est des silences qui interrogent.
Et des revirements qui accusent.

Celui du professeur Célestin Tunda Ya Kasende appartient à la seconde catégorie.

Hier encore, il se présentait comme l’un des gardiens les plus zélés de la Constitution. Juriste rigoureux, artisan de sa défense, il n’hésitait pas à s’opposer, au cœur même du pouvoir, pour en préserver l’esprit et la lettre, quitte à provoquer des tensions majeures entre le FCC et le CACH.

Aujourd’hui, le même homme, désormais installé dans le confort politique de l’Union sacrée, découvre soudainement des vertus à la révision constitutionnelle.

Ce n’est plus une évolution.
C’est un reniement.

Le droit n’est pas un costume politique

Que nous dit aujourd’hui le professeur Tunda ?
Qu’aucune Constitution n’est intangible.
Que le pays ne peut se priver de la possibilité de la modifier.

Sur ce point, nul besoin de polémique : en théorie, il a raison.

Mais en droit, la vérité est plus exigeante.

Une Constitution peut être révisée.
Mais elle ne peut jamais être violée.

Et c’est là que commence la dérive.

Car ce que le professeur Tunda évite soigneusement de dire, c’est que la Constitution congolaise fixe elle-même les limites de sa propre révision. Elle contient des clauses verrouillées, des principes intangibles, des lignes rouges que nul pouvoir ne peut franchir sans sortir du cadre légal.

En feignant d’ignorer cette distinction fondamentale, il ne fait pas œuvre de juriste.
Il fait œuvre de politique.

L’argument de la crise : une dangereuse manipulation

Pour justifier l’injustifiable, un nouvel argument surgit :
l’état de siège, la situation exceptionnelle, la gravité du moment.

Mais depuis quand la crise autorise-t-elle à changer les règles du jeu ?

L’état de siège permet de répondre à une urgence sécuritaire.
Il ne confère aucun pouvoir de refonder l’ordre constitutionnel.

Sinon, il faudrait accepter une idée aussi simple que dangereuse :
plus le pays est en crise, plus le pouvoir peut s’affranchir du droit.

C’est précisément ainsi que naissent les dérives autoritaires.

Le serment présidentiel : une ligne infranchissable

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, a prêté serment.

Un serment clair, sans ambiguïté :
respecter et faire respecter la Constitution.

Ce serment n’est pas une formalité.
C’est un engagement devant la Nation.

Dès lors, une question s’impose :
comment peut-on tolérer, soutenir ou encourager une démarche qui contourne les verrous constitutionnels ?

Soutenir une telle entreprise, ce n’est pas réformer.
C’est fragiliser l’État de droit.

La vérité politique : une opportunité sans mandat

Ce débat n’est pas seulement juridique.
Il est profondément politique.

Aucun mandat populaire n’a été donné pour une refonte constitutionnelle.
Aucune consultation nationale n’a été organisée.
Aucune transparence n’encadre cette ambition.

Ce que certains présentent comme une réforme ressemble de plus en plus à une opportunité politique.

Dans ce contexte, le revirement du professeur Tunda prend tout son sens :
il n’est pas doctrinal, il est circonstanciel.

Une opposition affaiblie, un pouvoir tenté

Face à cela, que voyons-nous ?

Un pouvoir tenté par l’élargissement de ses marges.
Une opposition trop souvent enfermée dans la dénonciation sans stratégie.
Et, au milieu, un espace politique abandonné.

Or, l’histoire est claire :
quand le droit devient flexible pour le pouvoir,
il devient inexistant pour le peuple.

Notre position : oui à la réforme, non à la manipulation

Qu’on ne se méprenne pas.

Nous ne sommes pas opposés à la réforme constitutionnelle.
Nous sommes opposés à son instrumentalisation.

Oui, une Constitution peut évoluer.
Mais elle ne peut évoluer que dans la légalité, la transparence et la légitimité populaire.

C’est pourquoi une voie claire s’impose :

Que les candidats à l’élection présidentielle de 2028 annoncent clairement leur volonté de réforme ;

Qu’ils sollicitent un mandat explicite du peuple ;

Qu’une fois élus, ils engagent une révision dans le strict respect des procédures.

Voilà la démocratie.
Le reste n’est que contournement.

Conclusion : le choix du droit ou du moment

Le débat ouvert par le professeur Célestin Tunda Ya Kasende dépasse sa personne.
Il pose une question fondamentale :

Le Congo est-il un État de droit…
ou un État d’opportunité ?

Car à force d’adapter le droit aux circonstances,
on finit toujours par adapter la démocratie aux intérêts.

Et ce jour-là, il ne restera plus ni Constitution à défendre,
ni République à préserver.

Le Congo mérite mieux que des juristes à géométrie variable.
Il mérite des hommes d’État fidèles à leurs principes, même lorsque le pouvoir change de camp.

Fait à Kinshasa, le 02/04/2026

Moussa Kalema Sangolo-Zaku
Président national, membre du Bureau politique du Parti des Vertus Républicaines (PVR)

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